Appel à contributions

Les Cahiers Echinox / Echinox Journal

Université « Babeş-Bolyai », Cluj-Napoca, Roumanie
www.phantasma.ro

Caietele Echinox
Volume 30/2016

REPENSER LE POLITIQUE À TRAVERS DES IMAGINAIRES DISPERSÉS

Coordinatrice :
Laura T. ILEA

La revue Cahiers Echinox 30/2016 sera consacrée au thème Repenser le politique à travers des imaginaires dispersés, notamment à la question de l’efficacité des sciences humaines dans des contextes géopolitiques différents, et part de la présupposition du déplacement de la géopolitique de la connaissance (Lewis Gordon, 2006).

Qu’est-ce que cela signifie, déplacer la géopolitique de la connaissance ? Ce syntagme fait référence à une catégorie introduite par les études décoloniales et fondée sur l’impératif d’apprendre à désapprendre afin de réapprendre. Cette idée récuse l’illusion que la connaissance dans toutes les sphères de la vie est liée à un certain nombre de catégories universelles et occidentales. On peut appréhender les événements de différents points de vue, comme des processus qui se font en vertu des interprétations-limite (border thinking) et des consciences-limite (border consciousness). Ils reconfigurent ainsi la rhétorique de la modernité — basée sur un discours homogène, prenant en compte les centres qui définissent le paysage politique contemporain : le capitalisme occidental et le libéralisme, le communisme et le néo-communisme, ainsi que les paradigmes épistémiques qui façonnent le paysage actuel.

Le défi qui nous hante en ce début de XXIe siècle est celui de repenser le XXe siècle à partir de ses imaginaires dispersés, c’est-à-dire en se livrant à un exercice immanent d’interprétation d’après les figures qui ont dominé les constructions identitaires de manière récurrente. Ce n’est pas un exercice de rationalité ; il s’agit plutôt de reconfigurer certains paradigmes de l’espace vital par l’entremise des limites de l’être, de la pensée et de la connaissance.

Cet exercice de repenser le politique à travers des imaginaires dispersés constitue un essai à la fois de récupération et de reconfiguration. La perspective décoloniale propose un type de connaissance entièrement en conflit avec le modèle des Lumières de la société occidentale. Notre projet s’appuie donc sur la présupposition de non-exhaustivité qui pose le problème du politique à partir de la perspective d’une récupération de la mémoire traumatique, de la destructivité de la torture, de l’antiutopie, des constructions de la différence, du caractère dysphorique et parfois traumatisant de l’écriture migrante ; de l’itinérance, de la migration, des cultures autochtones ; des politiques de la communauté et de l’espace ; de la pensée ranciérienne de l’art et du politique ; des traces du sacré et de ses implications pour la pensée littéraire et philosophique dans le contexte mondial ; de l’exil et de l’exophonie, des pratiques culturelles telles que l’écriture expérimentale, l’archive, la théorie de la mondialisation, la notion de récit de soi en résistance, etc.

La réflexion proposée s’organisera autour des axes suivants :

  1. Repenser le rôle politique de la connaissance dans la société contemporaine et, plus précisément, à l’université en mettant l’accent sur des imaginaires dispersés. L’imaginaire dispersé est un réservoir qui témoigne, tour à tour, de la traversée d’une expérience déstructurante et d’une crise du commun : la torture, l’espace concentrationnaire, l’espace de l’antiutopie et l’écriture migrante. Ces expériences contestent un enracinement quelconque et soulignent la spectralité de la transcendance du commun.
  2. En mettant en valeur cette crise du commun (Toni Negri, Giorgio Agamben, Paulo Virno, Jean-Luc Nancy, Maurice Blanchot, Peter Pál Pelbart), on se donne pour tâche de redéfinir l’éthique (à l’instar de Deleuze et Spinoza) en tant qu’étude de compositions : composition avec les relations et composition avec les pouvoirs.
  3. Des expérimentations avec des altérités qui ont été configurées dans des contextes géopolitiques tout à fait différents. Par exemple, l’espace géopolitique québécois, tracé autant par la politique identitaire francophone que par le déplacement de l’imaginaire autochtone et le repositionnement des identités migrantes ; l’espace géopolitique de l’Europe de l’Est, marqué par l’expérience du totalitarisme, de la destructivité et de la réappropriation du commun par le truchement d’une « prophylactique de la mémoire », et l’espace de l’Europe occidentale, marqué par le récit du soi, qui investit l’abîme entre l’histoire vécue et les témoignages a posteriori ; d’autres contextes géopolitiques seront également considérés. Ces paradigmes géopolitiques puisent dans de multiples imaginaires théâtraux. Ainsi, la torture est une théâtralisation de l’imagination dans un no man’s land. Le parcours dysphorique de la littérature migrante dans son pays d’accueil représente, de même que les antiutopies, le théâtre politique et les antinomies irrésolues du fantastique, une théâtralisation du récit. De ces cartographies non-exhaustives émerge un territoire politique-imaginaire qui construit ses règles immanentes (plan de composition ou bien plan commun de l’immanence, tel qu’il est défini par Deleuze).

Les propositions sont à envoyer à radutoderici@yahoo.com ou à CorinBraga@yahoo.com avant le 1er janvier 2016.

Nous prions les auteurs de suivre la feuille de style de notre journal, disponible ici.